Situation linguistique et Education

Les ethnies et les langues

Au point de vue démographique, le Gabon reste un petit pays avec un peu plus d’un million d’habitants.

Le peuple gabonais est composé d’environ 50 ethnies issues des diverses régions. Près de 73 % de la population vit en zone urbaine, dont 35 % dans la capitale Libreville et sa périphérie. L’intérieur du pays est peu peuplé. La province la plus peuplée est celle de l'Estuaire, là où est la capitale nationale.

Aucune des ethnies gabonaises n'est majoritaire, mais les plus importantes au point de vue numérique sont les Fang (32 %), les Mpongwè (15 %), les Mbédé (14 %), les Punu (12 %), les Baréké ou Batéké, les Bakota, les Obamba, les Pygmées, etc. Depuis longtemps, le Gabon compte des immigrants, soit environ 150 000 personnes, dont près de 10 000 Français qui contrôlent les domaines culturels et commerciaux. On trouve aussi des Libanais, des Nigérians, des Togolais, des Camerounais et d’autres venus s’installer au Gabon. Parmi ces populations, les Pygmées (environ 1% de la population totale) ont une place à part, car ils ont été les plus anciens à occuper le territoire ; ils sont appelés différemment selon les régions.

Comme la plupart des États d'Afrique subsaharienne, le Gabon est un pays multilingue. On compte près d'une cinquantaine de langues au Gabon, mais seul le fang, parlé par 32 % de la population (province de l'Estuaire) constitue une langue importante, avec le mbédé (15 %) et le punu (10 %). Les autres langues gabonaises ne sont parlées que par de toutes petites communautés, parfois tout juste 5000 locuteurs, souvent moins. La plupart des langues gabonaises appartiennent à la famille bantoue. Chacun des groupes d’origine bantoue (Fang, Bakota, Mbédé, Okandé, Myéné, Mérié) compte plusieurs variétés dialectales de sorte que les Gabonais parlent souvent entre eux le français comme langue véhiculaire. Seul le baka, parlé par les Pygmées, est une langue non bantoue (langue nigérocongolaise). Si l'on résume la situation, on peut dire que, parmi les 50 langues nationales, le français est la langue officielle et sert souvent de langue véhiculaire avec le «sabir» (ou «français militaire» et le fang (dans le Nord-Ouest rural). Dans la capitale (Libreville), le français est devenu l'unique langue véhiculaire en raison de l'apport des immigrants provenant de toute l'Afrique. De plus, le français est également devenu la langue maternelle de plus de 30 % des Librevillois et il est de plus en plus perçu comme une langue gabonaise. Le nombre de jeunes ayant pour langue maternelle le français progresse dans les capitales provinciales et départementales, alors que dans les villages le français garde encore le statut de langue véhiculaire. Toutefois, dans l'ensemble, les langues gabonaises restent davantage parlées que le français.

À côté du français dit «châtié» (officiel) parlé dans les administrations et les écoles, il s'est développé un «français militaire» parlé dans les rues et les marchés, déjà assez éloigné de la langue standard.

Citons quelques-uns de ces mots en usage dans ce français gabonais: musonfi, iboga, odika, nkoumou, mbolo, tchouoo, bonami(e), mouza, mangamba, dongo-dongo, foufou, tchang, tchangueur, tchangueuse, tchanguer, gari, nganga, mapanes, matitis, cabangondo, yamba, mwanas, malamba, toutou, malamba, moussoungou, nyemboue, kanguer, malien (le), libanais (mon), cadeau (adj. et adv.), ngounda-ngounda, gépéen (désuet), mougoye, taximan, boy chauffeur, clando, bedoum, etc. On remarquera que ce français gabonais contient un certain nombre d'emprunts aux langues locales africaines (tsogo, fang, punu, etc.); d'autres mots peuvent provenir de l'arabe, de l'éwé (langue kwa du Ghana ou du Togo), du lingala (Congo Brazzaville et Congo-Kinshasa) et de quelques langues non africaines telles que l'espagnol, le portugais et l'anglais.

 

La politique linguistique

Le Gabon pratique une politique linguistique à deux volets, le premier portant sur la langue officielle, le second sur les langues gabonaises. D'ailleurs, l'article 2 de la Constitution du 23 juillet 1995 est clair à ce sujet:

Article 2 : La République gabonaise adopte le français comme langue officielle de travail. En outre, elle oeuvre pour la protection et la promotion des langues nationales.

La politique linguistique en éducation

Après l'indépendance, le Gabon n’a pas encouragé pas l’utilisation des langues nationales dans l'enseignement, mais ne l’a jamais interdit non plus. Dans les faits, elles n'ont pas fait l'objet d'un enseignement systématique, bien qu'elles aient toujours été utilisées dans les communications informelles. Cette situation a prévalu de la maternelle à l’université. À partir du secondaire, l’anglais fut enseigné comme langue seconde, puis une troisième langue s’ajouta à partir de la troisième année.

À la fin des années soixante-dix, le Gabon s'est engagé à promouvoir ses langues nationales en élaborant d'abord l'Atlas linguistique du Gabon et les descriptions des langues gabonaises ainsi que les lexiques spécialisés et en favorisant les médias qui utilisaient ces langues, dans le but de les introduire dans l'enseignement primaire. Cependant, les autorités on eu du mal à implanter cet enseignement en raison notamment des problématiques reliés à la planification et à la standardisation des langues maternelles locales. En même temps, les autorités ont constaté que les jeunes Gabonais scolarisés ne maîtrisaient pas bien le français parce que beaucoup ne recevaient pas une instruction de base efficace. C'est pourquoi, au début des années quatre-vingt, le gouvernement gabonais a donné comme mission au ministère de l'Éducation nationale de ne plus se contenter de simples discours politiques, mais de mettre en place une politique linguistique efficace pour la promotion et l'enseignement des langues nationales. Mais le français a continué d'être la seule langue d'enseignement dans toutes les écoles. Au cours des années, le nombre de jeunes ayant pour langue maternelle le français augmente progressivement surtout dans les villes, alors que dans les villages il conserve encore son statut de langue véhiculaire.

Il faut dire que, jusqu'à récemment, beaucoup de responsables gabonais croyaient que la promotion des langues nationales pouvait mettre un frein à l'«unité nationale» du pays. À la suite d'une campagne de sensibilisation auprès du public, on s'est rendu compte que la promotion des langues nationales n'entraînait pas nécessairement des conflits. Depuis 1997, le ministère de l'Éducation nationale est convaincu que «l'enseignement de nos langues est le seul facteur de consolidation de la relation identité culturelle et identité nationale». Une commission interministérielle a été mise sur pied en février 1997 afin de reprendre les travaux relatifs à l'enseignement des langues nationales. Depuis 2000, le ministère de l'éducation nationale a été mandaté pour mettre en place un module de langues nationales dans les écoles de formation des instituteurs et pour l'élaboration de guides pour les instituteurs et autres enseignants des langues nationales.

Malgré les recommandations des États généraux sur l’éducation, il faut bien admettre qu'aujourd'hui encore les programmes d’enseignement du Gabon restent très proches des programmes français et ne tiennent que fort peu compte des réalités sociales, culturelles et économiques du pays. L'objectif des autorités gabonaises n'est pas de remplacer le français par les langues nationales, mais de mettre en place un enseignement qui contribuerait au développement des langues gabonaises aux côtés de la langue française.

Jusqu'ici, l'enseignement des langues gabonaises n'a été dispensé qu'à titre expérimental, à partir d'une initiative privée, la Fondation Raponda-Walker qui a élaboré des manuels d'apprentissage en quelques langues locales. L'Institut pédagogique national a fondé le Département des langues nationales afin de d'élaborer des manuels didactiques et pour réfléchir sur l’enseignement des langues nationales comme langue maternelle et sur celui des langues nationales comme langue non maternelle.

De plus, un alphabet scientifique des langues gabonaises et une orthographe de ces langues ont été fixés. Actuellement, on compte plus d'une centaine de descriptions qui portent sur la phonologie, la morphologie ou quelques points spécifiques de grammaire. Il existe aussi une trentaine de langues présentant une esquisse descriptive: atege, liduma, ndumu, nzaman, ntumu, mpongwè, benga, ikota, gilumbu, yisangu, gisira, civili, yipunu, bekwil, inzébi, liwandzi, lekanigi, saké, getsogo, mvaï, nyani, pove, givungu, kombè, seki, ngubi, chiwa, geviya et gepinzipinz. Enfin, le ministère de l’Éducation nationale et la Radio nationale ont mis sur pied une émission hebdomadaire de sensibilisation sur les langues gabonaises intitulée «Nos langues, notre culture».

Il reste encore à prévoir un projet de loi pour définir le statut des langues nationales, une fois la production de matériels didactiques achevée et assurer à l’Institut pédagogique national les moyens matériels pour la conception et la réalisation de matériels didactiques. Le ministère de l’Éducation nationale constitue le fer de lance sur lequel reposent l’espoir et le souhait des Gabonais de voir leurs langues enseignées. C’est pourquoi deux axes principaux d’exécution ont été privilégiés pour la réussite de la réforme du système éducatif dans son ensemble: la formation et l’élaboration de matériels didactiques. Pour l'instant, le français reste encore l'unique langue d'enseignement.

Le français, langue de l'État

C’est à partir de cette seule disposition constitutionnelle que découlent les pratiques linguistiques de l’État. Celles-ci sont on ne peut plus simples: sauf pour certains cas dans les écoles primaires et les médias, seul le français est utilisé à des fins officielles dans ce pays.

Que ce soit au plan de la législature (débats parlementaires, rédaction et promulgation des lois), de la justice, des services gouvernementaux ou de l’éducation, le français est l’unique langue utilisée... du moins à l’écrit. Selon les régions, les langues gabonaises sont assez largement employées dans les communications verbales entre les employés de l’État et les citoyens parlant la même langue locale.

Cette situation vaut aussi dans les cours de justice où le juge peut s’exprimer dans la langue de l’accusé. Évidemment, il ne s’agit pas d’un droit dûment reconnu, mais d’une pratique découlant du gros bon sens. Lorsque tous les intervenants parlent la même langue... ils s’expriment normalement dans cette langue. Ainsi, dans les hôpitaux et autres établissements de santé, les médecins et les infirmières utilisent largement la langue gabonaise locale avec leurs patients.

 

Le système éducatif gabonais

Présentation générale

Au Gabon la scolarité est obligatoire de 6 à 16 ans. Le système comprend trois niveaux:

  • l'enseignement primaire qui conduit en 6 ans au Certificat d'enseignement primaire et au concours d'entrée en 6ème
  • l'enseignement secondaire constitué d'un cycle court de 4 ans sanctionné par le Brevet d'Étude du Premier Cycle (BEPC) et un cycle long qui conduit en 7 ans au Baccalauréat
  • l'enseignement supérieur auquel participent deux universités et plusieurs grandes écoles nationales.

Avec un taux de scolarisation actuel de 90% la population gabonaise se situe à un niveau d'éducation parmi les plus élevé de l'Afrique sub-saharienne. Toutefois 22% de la population se déclare encore "sans niveau", c'est à dire n'ayant jamais été à l'école, et prés de la moitié de la population n'a pas dépassé le niveau du cycle d'études primaire, 18% celui du premier cycle de L’enseignement secondaire et 6% seulement ont achevé toute la scolarité secondaire.

Le taux d'analphabétisme est relativement bas pour la région. On compte seulement 27% d’analphabètes chez les plus de 15 ans (dont 34% de femmes); ces taux dissimulent cependant de fortes disparités entre les provinces et les milieux. Ainsi globalement on relève 21% d'analphabètes en zone urbaine contre 49% en zone rurale et 15% dans la population urbaine de la province de l'Estuaire contre 60% dans la Ngounié.

L'appareil éducatif gabonais n'a pas su encore surmonter le problème de l'échec scolaire qui se traduit par un taux de redoublements et d'abandons important et ce dans le cycle d'études primaires.

En l'absence d'une structure spéciale EPT au niveau national, plusieurs départements Ministériels concourent de par leurs attributions respectives, à la prise de décision et à la gestion de l'EPT. Il s'agit de :

  • Ministère de l'Education Nationale : Enseignements Pré-primaire, Primaire, Secondaire, Technique et Professionnel ;
  • Ministère de la Solidarité Nationale et des Affaires Sociales : enseignement préscolaire protection et promotion sociales des jeunes handicapés et défavorisés
  • Ministère de la Culture, des Arts et de l'Education Populaire : alphabétisation ;
  • Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle : formation aux compétences essentielles, utiles à l'insertion sociale ;
  • Ministère de la Jeunesse, de la Culture civique, des Sports et des Loisirs ;
  • Ministère de la Santé Publique et de la Population : assurer le meilleur état physique, mental et social des individus ;
  • Ministère de la Communication, des Postes et des Technologies de l'Information.

La politique en matière d'éducation

 

La Politique éducative repose sur trois grands principes :

  • l'obligation et la gratuité scolaire de 6 à 16 ans

  • la démocratisation de l’enseignement

  • l'équivalence internationale des niveaux d’examen.

Les grandes lignes d’une stratégie sectorielles ont été définies dans la stratégie de développement du Gabon à l’horizon 2025 et visent à une réforme du système éducatif dans son ensemble et une revalorisation de la fonction enseignante.

La réforme y est définie en termes de programme d’enseignement, la préservation du patrimoine culturel national et le renforcement de domaines considères comme délaissés tels que la formation professionnelle et l'alphabétisation des adultes.

 

Le système non formel

 

Données générales

Le Ministère de la Culture, des Arts et de l'Education Populaire a en charge l’alphabétisation.

Le gouvernement gabonais, a mis en place une politique et un programme d’alphabétisation avec le concours  des partenaires (l’UNESCO, l’UNICEF, la WWF.). L’objectif visé est de faire acquérir aux gabonais les notions et l’apprentissage de l’hygiène, de la gestion des activités, de civisme ,etc.

Alphabétisation des pygmées

Le Gabon a décidé d'éduquer les pygmées et a entrepris un inventaire des moyens financiers nécessaires pour initier un programme didactique adapté qui permettrait de sortir cette communauté de l'analphabétisme. Le travail d'inventaire se fait avec l'aide de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). Selon le Ministère de la Culture et de l'Education populaire, le programme pour l'éducation des pygmées bénéficiera non seulement de l'appui financier et matériel de l'État gabonais et d'autres bailleurs de fonds comme le Canada, mais également du concours des sociétés forestières mises en cause dans les déforestations abusives. Selon des statistiques officielles, il reste encore environ 120.000 pygmées vivant dans la forêt équatoriale, en Afrique centrale'.

L'initiative d'éduquer les pygmées, bien que tardive, est conforme aux engagements pris, au Forum mondial sur l'éducation organisé en 2000, à Dakar, et qui recommande de réduire de moitié, d'ici à 2015, le taux d'analphabétisme des adultes dans le monde. Longtemps oubliés, les pygmées pourraient enfin bénéficier, si le programme se réalisait, d'une formation pédagogique adaptée après l'acceptation, par le gouvernement, de construire plusieurs salles de classe et aires de jeux, et d'offrir des manuels pédagogiques. Le coût financier du programme d'éducation et d'intégration des pygmées est estimé à environ 1,600 million de dollars, selon le ministère des Travaux publics.

Alphabétisation et NTIC

 

En l'absence de toute étude relative à l'analphabétisme, les autorités gouvernementales n'ont jamais pu définir des objectifs précis, ni dégagé des stratégies efficaces pour juguler le phénomène. Toutefois, pour faire face à cette situation, le Gabon a établi une politique de lutte pour la scolarisation, dans laquelle il prescrit aux différents acteurs impliqués dans l'éducation des adultes les rôles spécifiques suivants :

  • la création de centres d'alphabétisation par les pouvoirs publics et privés qui en fixent les orientations;
  • le soutien technique et financier des pouvoirs publics et internationaux;
  • l'éducation et l'alphabétisation des populations par le bais des centres.

Les Centres publics, les Centres privés confessionnels et les Centres privés laïcs participent à la réalisation de ces objectifs. Les premières expérimentations ont montré l'intérêt de la population pour ce projet. L'IAI (Institut Africain d'Informatique) apporte des solutions technologiques et travaille de concert avec les promoteurs du projet en s'adaptant aux besoins des apprenants, en mettant au point de nouvelles approches pédagogiques centrées sur les utilisateurs et en s'associant à ces promoteurs dès le début du projet afin de mieux comprendre les besoins des apprenants.

Le projet Alphabétique vise deux objectifs essentiels:

  • favoriser l'émergence de nouvelles approches éducatives pour les apprenants et susciter l'intérêt pour réduire le nombre d'analphabètes au Gabon
  • plaidoyer en faveur de l'éducation pour tous à tous les niveaux pour que l'existence de l'analphabétisme soit reconnue par les autorités politiques et administratives du Gabon et pour susciter une participation massive des populations au programme d’alphabétisation et mobiliser les ressources nécessaires pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux des jeunes, des adolescents et des adultes.

Plusieurs buts sous-tendent cette entreprise :

  • Analyser le mode de vie de la population gabonaise aux niveaux économique et socioculturel afin de dégager les principes directeurs et les contenus d'un programme informatique.
  • Créer un programme d'alphabétisation adapté aux besoins fondamentaux des apprenants à travers une nouvelle approche pédagogique: le multimédia.

Voir le site : www.thot.cursus.edu